Mercredi 21 novembre, j’ai présenté devant la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale mon rapport sur la politique spatiale européenne, fruit de plus de six mois de travail et réalisé avec mon collègue des Bouches-du-Rhône Bernard Deflesselles.

Image d’artiste des lanceurs européens (Ariane 5, Ariane 6 (A64), Vega, Vega-C, Ariane 6 (A62)

ESA – D. Ducros

 

Clé de la puissance européenne, la politique spatiale est aussi un creuset de l’identité européenne : en permettant à l’Europe de s’incarner de manière positive à travers tous ses succès depuis cinquante ans, elle participe au premier plan à la construction de cette dernière. Elle en symbolise aussi peut-être les difficultés, avec sa gouvernance complexe, les divergences d’appréciation entre Etats membres sur les notions de souveraineté et sur la politique industrielle, et son relatif déficit de notoriété chez les citoyens.

 

Le temps presse, et l’Europe spatiale n’a pas droit à l’erreur, faute de capacités financières et décisionnelles équivalentes à celles de nos principaux concurrents : les Etats-Unis et la Chine. Le nouveau contexte internationalcaractérisé par un niveau et une vitesse de compétition inédits, c’est-à-dire le renouveau du jeu des puissances et le New Space– l’émergence de nouveaux acteurs commerciaux privés – nous impose :

Ariane 5 (VA243) sur le pas de tir à Kourou le 25 septembre 2018

 

  • d’organiser enfin un système de gouvernance unifié et simplifié: les acteurs privés sont sortis de leur entre-soi et ont repensé leur fonctionnement pour s’adapter, la réforme de la gouvernance publique ne peut plus attendre ; il faut conserver une relation Union européenne / Agence spatiale européenne équilibrée qui permette à la fois de continuer à bénéficier de l’expertise de l’ESA, et de renforcer le pouvoir de contrôle de l’UE qui finance les programmes et qui doit en assurer le pilotage stratégique.
  • de maintenir un accès à l’espace et aux données autonomes: outre le maintien d’un rôle central pour Galileoet Copernicus, les États membres doivent enfin porter clairement un projet politiquede lanceur européen.
  • de porter un discours politique européen clair, c’est aussi que les engagements européens en matière de lancements institutionnels soient non seulement tenus mais étendus ! L’intérêt politique, et in fine économique, européen, c’est bien de choisir les lanceurs européens financés par les citoyens européens.
  • de mieux financer et soutenir l’innovation et la R&D spatiales, en rendant plus agile l’écosystème de recherche européen, y compris en assumant plus largement des financements publics à perte. La prise de risque doit être encouragée !
  • de porter haut les valeurs de l’Europe dans le mouvement « d’appropriation de l’espace » en train de se dessiner. Les volontés exprimées çà et là d’exploiter les ressources lunaires appellent une régulation dont laquelle l’Europe a un rôle à jouer.

Centre de contrôle du centre spatial guyanais dans la nuit du 25 au 26 septembre 2018

 

Les mois qui viennent seront déterminants. L’Europe spatiale est forcée de se réinventer, avec trois enjeux immédiats : réformer sa gouvernance et mieux coordonner les ambitions spatiales nationales et européenne ; donner du sens et un horizon au secteur spatial qui ne peut plus être considéré et se considérer isolément des autres secteurs de l’économie ; être au cœur des coopérations internationales tout en assumant pleinement les enjeux de souveraineté qui sont propres à une puissance.

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