Ce dimanche 14 octobre, j’ai assisté aux commémorations dans le cadre du centenaire de la libération de Chéry-lès-Pouilly.

Vous trouverez ci-après le discours que j’ai prononcé à cet effet:

Mesdames, Messieurs,

 Cette année la cérémonie qui nous réunit revêt un aspect symbolique particulièrement fort puisqu’elle nous renvoie à un moment marquant de l’histoire de la commune de Chéry-lès-Pouilly, survenu il y a un siècle. Et le fait de raviver le souvenir de cette guerre hors du commun ne manque pas de provoquer en nous une sourde émotion.

Envahi par l’armée allemande dès septembre 1914, le Laonnois allait connaître pendant plus de quatre ans rigueurs et privations : l’occupation allemande ici fut l’une des plus dures que les populations civiles eurent à subir. Mais, le 14 octobre 1918, finie l’humiliation de voir des soldats étrangers parader impunément dans ces rues et y dicter leur loi arrogante. Fini le temps où il fallait baisser la tête. L’âpreté inimaginable des combats, le prix terrible payé par les populations civiles, rendent d’autant plus inoubliables ces heures, où, parcelle après parcelle, villages après villes, le territoire national fut reconquis et enfin libéré.

En cent ans, le monde a évolué. Il a connu de grandes joies mais aussi, malheureusement, d’autres drames effroyables. Mais en cent ans, le monde n’a jamais oublié. Car les années s’amoncèlent les unes sur les autres, le passé s’estompe, et pourtant nous sommes toujours là, fidèles à ce rendez-vous, celui de l’histoire, de l’honneur et du courage.

Alors, plus que jamais, cet après-midi, notre cœur va de nouveau parler afin de rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui ont été touchés par ces quatre années de guerre, de sang et de déchirements. Ces Français que nous saluons aujourd’hui, et notamment les soldats du 96ème régiment d’infanterie, dont quinze des leurs sont tombés ici, il ne suffit pas de s’en souvenir. Il ne suffit pas d’honorer leur mémoire.

Il faut défendre leur héritage, et dire qu’ils ont combattu pour une République qui a tenu, unie, forte, fraternelle, dans la boue des tranchées, dans le froid de l’hiver, dans la peur du quotidien.

Mais, nous, qu’avons-nous appris depuis?

Tout d’abord, force est de constater qu’en dépit des commémorations et des leçons tirées de l’histoire du monde, nous devons rester humbles et garder à l’esprit que, malheureusement, rien n’est définitivement acquis. Nous l’avons vu et le voyons encore. Chaque jour, l’actualité nationale et internationale et les conflits qui désolent inlassablement certaines parties de notre planète nous le rappellent avec violence.

Nous sommes, en effet, les débiteurs de ceux qui ont fait leur devoir de patriote par amour de la Liberté, par amour de leur pays, ceux-là même qui ont su rendre au peuple sa fierté et à la nation son unité. N’oublions jamais qu’ils l’ont fait pour que la France reste forte de ses valeurs d’égalité, de justice, de liberté qui fondent notre nation.

Et il appartient à chacun d’entre nous d’entretenir toutes les valeurs qui ont conduit à ces leçons de courage et de détermination que nous ont léguées nos grands anciens. En cet instant, j’espère que l’on a tous conscience de notre chance de pouvoir vivre paisiblement ce jour et ainsi rendre un hommage mérité à nos aînés.

Nous connaissons les manières à adopter pour préserver cet étroit sentier sur lequel doit progresser la paix. Il s’agit d’un travail quotidien de toutes et de tous en faveur du vivre ensemble, du respect des différences sous l’égide d’une même patrie.

Portons ce message à la jeune génération, celle qui, demain, se retrouvera devant ce monument. C’est elle qui devra entretenir la flamme du souvenir, seule arme utile contre l’oubli.

Transmettons cette conscience à nos jeunes, pour que le sacrifice de nos aînés ne soit pas vain. A ce titre, je tiens à saluer l’engagement de toutes celles et tous ceux qui, au quotidien, contribuent à la faire vivre en témoignant, en parlant aux jeunes générations, dans les écoles, dans les associations, dans nos forces de défense et de sécurité. Et notamment les associations patriotiques présentes aujourd’hui et leurs porte-drapeaux.

Car dans ce monde actuel qui doute, certains prennent le risque de céder au populisme. Souvenons-nous de ce populisme, prétendument patriote, qui faisait rage dans les années 30. Nous en avons payé ensuite douloureusement le prix.

En ces temps de crise, où nos concitoyens s’interrogent légitimement, les idées reçues sont, hélas, souvent les plus inquiétantes, et prêter une oreille complice au repli sur soi ne nous fera pas relever la tête.

Ces rassemblements où la transmission, le souvenir et le dialogue sont à l’honneur sont sans aucun doute les meilleurs alliés de la paix en Europe. Cent ans après la fin du conflit, soyons fiers de pouvoir proclamer haut et fort que les ennemis d’hier sont les amis d’aujourd’hui. C’est désormais main dans la main que la France et l’Allemagne avancent dans le chemin de l’Europe.

Il y a 100 ans, Chéry-lès-Pouilly redécouvrait le parfum de la liberté. Mais ce parfum, si précieux, est fragile. Et c’est pour cela que nous devons nous remémorer le passé. Pour qu’il ne devienne jamais notre présent. Pour qu’il ne soit jamais le futur de nos enfants.

Vive la Paix !   Vive la Liberté !   Vive l’Europe !   Vive la France !

 

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